PATRICIA MFUMUNKAMA, celle qui n'a jamais cru aux portes fermées

Il y a des rêves qui s'attrapent tout petits et qui ne vous lâchent plus. Celui de Patricia Mfumunkama est né à Chanteloup-les-Vignes, entre les coupes de tissu de sa mère et les rues d'une ville qui lui a tendu la main. À 39 ans, installée à Vernouillet, elle évolue dans l'univers feutré des agences de mannequins et du management artistique, après avoir habillé les vitrines de Dior, Balmain ou Lacoste. Rencontre.

La mode, Patricia n'a pas eu à la chercher : elle est née dedans, dans le bruit de la machine à coudre familiale. Sa mère, aide-soignante à domicile, était couturière dans l'âme : le soir, elle créait, taillait, ajustait. Dans la culture congolaise de la famille, on n'achète pas un vêtement : on le fait naître, on le pense pour celle qui le portera. C'est cet air que la petite Chantelouvaise a respiré en grandissant.

Adolescente, elle se heurte pourtant à un mur : pour les filles aux formes généreuses comme elle, rien. Alors avec ses copines, elle pousse la porte du rayon hommes, et le soir, sa mère reprend chaque couture pour que ça tombe bien. De cette injustice, elle fait une promesse silencieuse : un jour, elle créera les vêtements qui lui manquent.

Un parcours pensé comme une stratégie

Chez elle, rien n'est laissé au hasard, même à seize ans : chaque choix est une pierre posée vers ce rêve, sans jamais fermer d'autres chemins. Un bac ES, puis un BTS Commerce international, parce qu'il faudra bien, un jour, importer le tissu et lire une cotation de douane. Même le choix de l'allemand est calculé : quand les autres prennent l'espagnol, elle veut un dossier qui « sorte de l'eau ».

« Quand on vous dit non, il faut trouver une autre solution. On ferme la porte d'entrée ? Regardez s'il y en a une d'ouverte au garage. »

Cette phrase, elle se l'est appliquée à elle-même. Pour entrer à l'école de mode parisienne Mod'Art, elle ne se présente pas avec un nom ou des relations, mais avec son projet, et il suffit à convaincre. En alternance, elle pousse une autre porte, celle de Vente-privée (aujourd'hui Veepee), en pleine ascension, qui lui fait découvrir le e-commerce de luxe. Elle en sortira avec un master en poche.

Chanteloup, partenaire des premiers pas

Quand Patricia parle de sa ville, sa voix change un peu : c'est ici que tout a commencé, et elle ne l'oublie pas. Pour financer sa première année d'école, c'est la mairie de Chanteloup- les-Vignes qui lui offre son premier emploi : un service civique d'un an comme assistante au centre de loisirs, aux côtés de Cathy Lamouille. Et quand l'inscription menace de ne pas tenir, c'est encore la commune qui débloque une aide de 1 000 euros.

« Il y a une vraie histoire avec Chanteloup. On n'avait pas grand-chose, mais le peu qu'on pouvait me donner, on me l'a offert. »

Elle le dit sans emphase, mais avec une gratitude intacte. Derrière le rêve, il y a eu une ville et des parents qui ont cru en une gamine quand beaucoup haussaient les épaules. Pour elle, la preuve qu'un territoire peut changer le destin d'un jeune à qui l'on fait confiance.

De la mode à la scène, mille vies en une

Pendant trois ans, elle vit la mode de l'intérieur, à la « Digital Factory » de Vente- privée, où elle aide des maisons comme Dior, Balmain ou Lacoste à entrer dans l'ère du e-commerce. Puis vient l'envie de « passer de l'autre côté ». Elle rejoint l'univers des agences de mannequins et travaille aujourd'hui pour la prestigieuse agence parisienne Marilyn.

En parallèle, elle a monté sa propre structure de management artistique, comme on bâtit une maison à soi.

Et puis il y a la musique, son autre amour. Choriste passionnée, elle met sa voix et son carnet d'adresses au service de grands projets. C'est aux côtés de la chanteuse Yseult, jusqu'aux Victoires de la musique, qu'elle bascule dans la production. Depuis, sa structure a réuni les chœurs gospel du premier défilé Louis Vuitton de Pharrell Williams, accompagné l'inauguration de Notre-Dame de Paris ou un concert au Vatican. Mille vies, dit-elle en souriant, mais une seule ligne : ne jamais s'interdire.

Un message pour la jeunesse

Si Patricia a accepté de se raconter, c'est d'abord pour les jeunes de Chanteloup et d'ailleurs. Invitée à témoigner, elle revient toujours à la même idée : d'où qu'on vienne, quel que soit le quartier, aucun plafond n'est infranchissable.

Ses conseils tiennent en quelques mots : ne pas se laisser intimider par le prestige d'une maison, oser frapper encore et encore, et cultiver ce qui vous rend différent plutôt que de le cacher. Apprendre les langues, aussi, et se souvenir que les années les plus dures précèdent souvent les plus belles surprises.

« Soyez acteurs de votre destin. Tout est possible : il faut avoir le culot d'y croire. »

Mise à jour
09/07/2026